Dexter, quand le héros est un assassin

Publié le par Virginie Spies

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L'autre jour, dans les commentaires du Sémioblog, Sarah avait commencé à faire une analyse très judicieuse de la série Dexter. Je vous propose ici de poursuive la réflexion sur cette série américaine diffusée en ce moment sur Canal +, chaque jeudi soir. 

Le héros de cette série est donc un expert dans la police criminelle, et comme il n'aime pas les méchants, au lieu de les mettre au gnouf, il préfère les zigouiller. Il les découpe avec grand soin, alors qu'ils sont encore vivants, afin que leur victime puisse bien profiter du massacre. Comme l'a relevé Sarah, Dexter est un psychopathe qui ne peut faire autrement que de découper les très très très méchants. Il s'agit d'une sorte de Robin des Bois moderne, qui a une façon toute particulière de rendre la justice. Ce qui est très original, c'est que nous sommes face à un héros que l'on peut qualifier de "négatif"... En règle générale, un héros est plutôt sympathique, et, même s'il a des défauts, tout est fait pour que l'on s'y attache, voire que l'on s'y identifie. Mais là, c'est plus difficile, bien sûr. Cependant, il est vrai que Dexter s'humanise au fur et à mesure. Et les scénaristes ont prévu des "raisons", des justifications de son état...  En effet, des séquences le montrent avec son père adoptif, qui, ayant compris que son fiston était totalement barré, lui avait appris comment ne jamais se faire prendre... Bien éduqué le petit... J'ai observé que dans les fictions télévisuelles, il y a toujours une explication familiale... Toujours une raison à tout. La fiction télévisuelle ne peut se permettre ce que se permet parfois le cinéma ou la littérature : ne pas donner une réponse à tout.

Du point de vue de la narration, le téléspectateur en sait au moins autant que le héros, qui lui fait partager ses pensées. Cela signifie aussi que ce téléspectateur en sait beaucoup plus que les protagonistes. Il a plus de savoir que les personnages, ce qui lui permet de s'impliquer en se demandant "mais comment vont-il s'en sortir" ? Par exemple, à la fin de l'épisode diffusé jeudi dernier, on découvrait que le petit ami de la soeur de Dexter était le tueur en série qui nargue Dexter depuis le début... Il ne nous reste plus qu'à souhaiter que Dexter le comprenne vite et lui fasse la peau... Et voici comment un simple téléspectateur en arrive à être en empathie avec un tueur en série... C'est moche, vraiment moche ! Et très fort aussi...

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Malvi 26/06/2007 10:37

Pour mieux comprendre et apprécier Dexter, je trouve que cet article paru dans Libération (Ecrans) est vraiment bien!http://www.ecrans.fr/spip.php?article734

Micka�l 24/06/2007 15:19

Bof je n'accroche pas à cette série qui manque atrocement de nuances et de subtilités. Les scénaristes ne jouent pas le jeu à fond, les dialogues sont lourds et même parfois miéleux, la réalisation atténue le coté sombre de la série (le sang n'est pas rouge mais rose, la lumière est solaire, les décors sont trop parfaits...), les personnages secondaires manquent de profondeur, et le personnage de Dexter est aussi intéressant qu'une pomme de terre. En fait c'est du trash pour du trash édulcoré. On a connu plus méchant et ambigue comme personnage...

Lola 12/06/2007 17:44

Bonjour,Je ne savais pas où réagir à cela alors je le note en commentaire à cet article. Avez-vous remarqué que Médiasig n'est plus consultable sur le site internet du nouveau 1er ministre ?! Apparement ce serait à cause de l'auteur de l'ouvrage, qui ne souhaiterait plus le mettre à disposition gratuitement. C'est vraiment vraiment dommage parce que c'était un très bon outil pour les étudiants qui comme moi veulent faire des demandes de stages dans les médias et puis aussi pour les associations qui veulent envoyer leur dossier de presse.  A la vente médiasig coute 38 euros et il est réédité tous les ans... C'est un peu cher je trouve, surtout quand on a pu consulter le contenu gratuitement jusqu'à présent !

lorie 12/06/2007 14:26

C'est comme le docteur House, c'est un gentil qui est méchant mais on l'aime quand même, non pas parce qu'il est gentil mais parce qu'il est méchant. Et oui, on adore quand les gentils sont pas trop gentils, c'est pas comme 7 à la maison !!!!Est ce que mon analyse mérite elle aussi d'être publiée en tant qu'article?

Sarah 12/06/2007 14:15

Flatée, merci. :-)Telle est la "magie" de Dexter, on nous manipule de façon à cautionner les actes du héros psychopathe. Mieux, on en vient à l'encourager. La tension est quasi-palpable, la mise en intrigue est parfaite, à travers les différentes focalisations... A chaque épisode, on croirait avoir terminé un chapitre d'un thriller ; normal, étant donné que Dexter est une adaptation d'un roman policier ("Ce cher Dexter", de Jeff Lindsay).Bref, je me suis laissée entraînée dans les méandres de l'esprit torturé de l'anti-héros. Oui, les scénaristes ont ici réussi un tour de force!Vivement jeudi!:D