La mémoire des enfants de la Shoah, ou apprendre par l'émotion

Publié le par Virginie Spies

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Nicolas Sarkozy a proposé hier que, à partir de l'année prochaine, chaque élève de CM2 se voie "confier la mémoire" d'un enfant victime de la Shoah. "Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l'existence d'un enfant mort dans la Shoah. Rien n'est plus intime que le nom et le prénom d'une personne. Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui", a précisé le président de la République.

S'il est normal et même indispensable que les enfants apprennent l'histoire dans une démarche compréhensive et pour mieux appréhender notre société, je trouve que cette démarche est le symptôme d'un problème inquiétant dont la société française est attente : un excès de personnalisation, un surplus d'émotion. C'est comme si désormais rien ne pouvait exister sans la personnalisation, l'attachement et les larmes. Comme si, sans le pouvoir des sentiments, rien de pouvait être appris, ni compris. La lettre de Guy Moquet témoignait déjà de cela, et nous vivons dans une société qui se fait entièrement contaminer par une logique d'attachement aux images, comme si tout empruntait nécessairement une logique médiatique : parler de la Shoah à travers un enfant, c'est comme parler de l'amour à travers une seule histoire ou d'un fou dictateur exclusivement à travers Hitler. 

Le pouvoir de l'illustration peut mener au risque de la réduction. Nous ne sommes pas loin du jour où les manuels d'histoire ressembleront à la presse people, et où se succéderont des images des victimes, où l'on apprendra ce qu'elles ont pu manger de leur dernier repas... Alors on risquera de passer à côté de l'Histoire, mais on aura ému nos chères têtes blondes qui oublieront vite le nom de la victime qu'ils auront dû apprendre. Non monsieur Sarkozy, tout n'est pas image, tout n'est pas sentiment ni intimité. Et tout ne passe pas forcément par l'émotion et la compassion.

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irene 10/03/2008 01:54

on dirait qu'on veut culpabiliser un enfant de 9 ans de mener une vie a part entiere. Dur dur.

Anic MAMBANG 07/03/2008 10:46

"la mémoire, l'histoire, l'oubli" de Paul Ricoeur (extrait): "Je reste troublé par l'inquiétant spectacle que donnent le trop de mémoire ici, le trop d'oubli ailleurs, pour ne rien dire de l'influence des commémorations et des abus de mémoire et d'oubli. L'idée d'une politique de la juste mémoire est à cet égard un de mes thèmes civiques avoués"quels rôles jouent la mémoire et l'oubli dans l'élaboration d'une conscience collective?Si la mémoire semble indispensable à la construction et à l'élaboration d'une conscience collective, elle tend aujourd'hui vers un excès pour cetain et un oubli pour d'autre ce qui semble être un danger pour la société qui a besoin (de par sa diversité en tout point) d'une véritable politique de juste mémoire.Apprenons de véritables règles de vie à nos enfants au lieu de les rendre prisonniers d'une mémoire sélective basée sur la démagogie...et pour finir Donjo la France puise sa force dans le tiers-monde (no comment), ça aussi c'est de l'histoire qui implique un devoir de mémoire...

Sarah 23/02/2008 12:11

Tentative d'ironie, j'ai oublié les guillemets. Mea culpa. Je ne fais que citer, un peu d'humour ne fait pas de mal, mais apparamment tu prends tout au premier degré. Dommage.Je respecte ton opinion bien que je la conteste, alors épargne-moi tes leçons de morale réductrices.A bon entendeur.

DonJo 22/02/2008 21:28

Moi je trouve cette proposition plutot bonne,car je me dit qu'il faut tout de même un certain "recadrage" de l'histoire de France qui nous a mené,qu'on le veuille ou non,sur la route qui est la notre aujourd'hui.Et puis franchement,lorsque l'on voit certains grands orateurs(négationistes pour certains...)de la scène politique internationale nous faire sans arrêt de grands discours scandales sur des airs révolutionnaire des années 30 qui passent la plupart du temps inaperçus(Hugo Chavez,Le Pen,...),je me dis que ce rappel est nécessaire.Après je suis plus sceptique sur le fond et je pourrais vous rejoindre Miss Spiès sur la personnalisation,sur le fait qu'un enfant va s'identifier à un autre,qui pourrait peut être entrainé une certaine frustration chez lui.En tout cas,je préfèrerais toujours de continuelles propositions à des récurrentes oppositions(PS?...), c'est ce qui fera avancer le débat.Un dernier mot: c'est quoi pour toi la France d'en bas Sarah?Déjà je n'aimais pas l'expression,j'aime encore moins la manière.Etant issue d'une famille modeste,je ne me sens absolument pas concerné par ce paragraphe totalement démesuré.La France ne peut pas accueillir ni toute la misère,ni tout la richesse du monde.Les pays du tiers monde c'est sur leur terrain qu'il faut les aider,on a déjà du mal avec les 64 102 000 Hab. qui ornent le territoire...Alors ouvre les yeux et réfléchis-y ;)

Sarah 22/02/2008 18:28

Inadmissible et révoltant.Heureusement, la France d'en bas peut encore s'exprimer. Voici une contre-proposition  à la mesure de la situation qui circule sur le net:"Désormais chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se verront confier la mémoire d'un des 11 000 enfants victimes des lois Sarkozy-Hortefeux contre l'immigration. Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l'existence d'un enfant renvoyé par avion dans son pays. Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui."Source: http://maester.over-blog.com/article-16835377.html