Ingrid Betancourt et le rôle positif des médias

Publié le par Virginie Spies



Hier soir, à son arrivée à Bogota alors qu'elle venait à peine d'être libérée, l'ex-otage Ingrid Betancourt à tenu a remercier les médias pour le rôle positif qu'ils ont eu. Durant sa captivité, Ingrid a réussi à "tenir" parce qu'elle savait que chaque matin, elle pourrait écouter la voix de ses proches à la radio. En général et partout dans le monde, les médias se sont mobilisés pour peser dans sa libération et faire qu'elle ne tombe pas dans l'oubli. Les médias ont donc joué un rôle positif dans cette affaire et il faut le dire et le souligner, parce qu'il est trop fréquent que l'on condamne les médias, et beaucoup plus rare que l'on se félicite de leur pouvoir.

Enfin, hier soir à la télévision, on a pu voir Ingrid Betancourt, entendre ses premiers mots, la voir parler, embrasser sa mère, sourire, téléphoner à ses proches. C'était un moment de partage et d'émotion, et donc un grand moment médiatique.

Cela montre bien que les médias représentent largement la société, les hommes et ce qu'ils sont. En cas de malheur, on accuse vite la télé, Internet ou la presse écrite. En cas de bonheur, ils permettent le partage. Les médias ne FONT pas, ils signifient.

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Cha 04/07/2008 17:27

Plus je regarde les diverses images de l'arrivée d'Ingrid Betancourt à Bogota, de ses retrouvailles avec sa famille et de son arrivée en France, et surtout plus j'entends les commentaires des journalistes, plus je suis presque choquée de la manière dont les médias cherchent entrer dans l'intime de l'ex-otage et donc effectivement dans l'affect, dans l'empathie, sans réelle distance critique. Les journalistes tentent même d'en rajouter quand les images ne suffisent pas en insistant sur son état de santé et en soulignant que les médecins disent qu'effectivement elle va bien mais qu'un contre-coup va très certainement apparaître, comme si finalement, il fallait trouver d'autres arguments rajoutant à l'émotion et à l'empathie.Personnellement, cela me dérange car je crois que, si bien évidemment l'émotion est belle et bien présente et qu'il ne faut pas l'occulter, un réel travail journalistique pourrait être fait sur ses conditions de survie, sur ses perspectives politiques, sur les autres otages libérés ainsi que sur les otages encore aux mains des Farc. Je doit redire que les commentaires sont vraiment pauvres en réflexion, ils ne cherchent qu'à amplifier les moindres faits et gestes d'Ingrid Betancourt, alors que les images sont largement assez parlantes en termes d'émotion.

Marie-France 03/07/2008 11:50

Complètement d'accord avec toi. Il est bien de rappeler que la télévision et sa vocation informative n'est pas une machine qui fonctionne toute seule, mais elle est supportée par des intentions ( humaines donc) qui trop souvent la diabolisent pour écarter les véritables responsables. La production de sens médiatique s'origine toujours dans des pratiques humaines, même si elles s'avancent masquer par la transparence des images analogiques.Je voudrais également attirer l'attention sur une expression de Pujadas, hier soir. De mémoire, il regrettait que les images de l'élysée ne soient pas "en direct", mais afin de ne pas les dévaloriser, il ajouta de "bien belles images quand même". Faut-il comprendre que le critère esthétique remplace en certaines occasions les valeurs d'authenticité construites par la mention "direct" ?  Cela semble construire une échelle implicite et normative de la bonne image journalistique ( 1-direct, 2- belle).Et puis recouvre le terme de "belle" ? Les images étaient floues ( prises en téléobjectif), loin de leurs sujets, suivant maladroitement les personnes filmées. La beauté évoquée est là pour mobiliser une interprétation affective ( du pathos) chez le téléspectateur de voir une famille, soulagée, en train de se réjouir. La beauté, objet jugement de goût désintéressé selon le vieux Kant, devient pour le journaliste l'équivalent d'un sentiment, d'une empathie, d'une affection que doit éprouver le téléspectateur envers les référents des images.Les catégories de pensée deviennent alors poreuses dans le petit monde de la télévision. Il faudrait savoir de quoi ceci est le symptôme !