Le grand journal de Canal +, ou l'avènement du genre "talk show"

Publié le par Virginie Spies


Hier soir, Michel Denisot recevait Olivier Besancenot dans la première partie du grand journal, et l'émission a réuni plus que 1.600.000 téléspectateurs, avec 9,5 % de parts de marché, c'est-à-dire un des meilleurs scores de l'émission. Le grand journal a dépassé l'audience de 100 % Mag sur M6 et a talonné Service Maximum, l'émission de Julien Courbet sur France 2.

Alors, pourquoi un tel succès ? On peut y voir plusieurs raisons :

. Le mélange des genres, tout d'abord, particularité du genre talk show. Dans Le grand journal, on mélange tout et très vite, passant d'un discours politique à la météo, de l'actualité des livres au zapping. Le téléspectateur peut en prendre et en laisser, au fur et à mesure de ses activités.

. Ensuite, (et la deuxième remarque découle de la première), puisque le téléspectateur est lui-même invité à zapper cette émission déjà pré-zappée pour lui, on peut dire qu'elle respecte plus que les autres la temporalité du téléspectateur qui, à ce moment de la journée, a allumé la télé, mais aussi prépare le dîner, passe un coup de fil ou termine les devoirs du petit dernier (ou même les siens). Ce programme n'est pas fait pour être vu en continu, il a donc un côté pratique.

. Il mélange ensuite le ludique et le sérieux. Lorsque c'est sérieux, on peut l'être, certes, mais jamais trop longtemps, et les invités ont désormais tout à fait compris l'intérêt qu'il y avait pour eux à adopter le format. D'Olivier Besancenot à Dominique de Villepin, on affiche un sourire Colgate, on répond vite, on répond bien, on connaît l'humeur et l'humour, bref, on maîtrise le dispositif.

. Le grand journal est, de fait, une émission rythmée, dynamique, dont les chroniqueurs fonctionnent comme une équipe qui aime travailler ensemble, avec un discours qui flirte entre divertissement et information, et une "patte" Canal très forte, qui fait que l'on parle beaucoup des médias, en portant sur eux un regard ironique, ce que Canal+ a toujours fait.

Dans le fond, Le grand journal est une émission qui correspond fortement à l'identité de sa chaîne, Canal+, et c'est l'une des raisons de son succès. On peut dire aussi (même si l'avenir nous le confirmera), que nous en sommes, avec ce programme, à l'avènement du genre "talk show", c'est-à-dire un mélange des genre bien huilé, "réglé comme du papier à musique", ou chacun des protagonistes connaît son rôle par coeur. Ségolène Royal, Vanessa Paradis, François Bayrou ou Djamel y sont logés à la même enseigne, et l'on peut craindre un appauvrissement du discours médiatico-politique. Sauf si l'on considère qu'il doit y avoir d'autres lieux pour les discours politique, car celui-ci, s'il est sympathique et agréable, n'en n'est pas moins du divertissement, coincé entre une belle miss météo et un PPD en latex.

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Guillaume 20/09/2008 10:46

L'enjeu était de taille quand M. Denisot et son équipe reprennent le créneau en 2005. A l'époque C+ cherche désespérement à retrouver une émission digne de NPA, et cela commence à faire quelques années que les formats s'enchainent sans réel succès. Aujourd'hui avec Le Grand Journal, voilà chose faite, avec en plus, le retour de "l'esprit Canal" tel qu'on le connaissait dans les 90's pour les fidèles à C+ depuis le début. Cette identité forte, toujours un peu au dessus des autres chaines permettant un regard critique plus facile. Bravo Michel, pari réussi.ps: même Arianne Massenet reprend du service cette saison avec un temps de parole plus important et des questions pertinantes enfin à la hauteur de sa qualité de journaliste... ;)

Marie 19/09/2008 16:58

Je constate que la mode est aujourd'hui au non-genre. Nous ne savons plus a quel genre rattacher ce que nous regardons a la télévision. Que ce soit du Grand Journal à l'édition Spécial. Je me demandais simplement pourquoi...même si vous répondez d'une certaine manière a cette question dans cette article (le téléspectateur a "tout en un" si je puis dire). N'y a-t-il pas une raison encore plus profonde a cela ?