Lorsque la parole du public remplace celle des journalistes

Publié le par Virginie Spies



Avant (c'était encore l'année dernière, souvenez-vous), il y avait une manière très simple de poser des questions à des invités dans les journaux télévisés ou à la radio : les journalistes posaient des questions, tandis que les invités répondaient. Cette façon de faire est encore, bien entendu, majoritaire dans les médias. Mais désormais, tant sur Europe 1 que sur France 2, on propose de nouvelles façons d'interroger les invités en mettant en scène la parole du public. Plutôt que de poser une question à l'invité, Marc-Olivier Fogiel à la radio ou Laurent Delahousse ce soir au 20 h, passent la parole à des personnes lambda, qui posent les questions à leur place. Ensuite, l'invité en plateau va répondre à la question. Oh ! Il y a comme une interaction !

Pourquoi la mise en scène de ces personnes anonymes ? Parcequ'elles portent en elles comme un "surplus" d'authenticité, permettant de battre en brèche les accusations qui diraient que les médias connaissent mal la "vraie vie des vrais gens". Par ailleurs, cette mise en scène de la parole veut faire croire aux téléspectateurs que l'on tient compte de ses préoccupation et qu'on le fait parler de ses problèmes. Nous savons pourtant que cette parole est mise en scène et que les personnes anonymes posent les questions qu'on leur demande de poser. Rien d'autre qu'une mise en scène de l'information qui, une fois encore, invite le téléspectateur ou l'auditeur à imaginer qu'il y a un dialogue entre lui et le média. La parole anonyme, celle qui représente le public, est mise en avant pour représenter un questionnement global qui, pourtant, a été pensé au préalable par une rédaction qui tend à s'effacer devant une parole téléspectatorielle qui aurait toujours raison.

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Guillaume 06/10/2008 13:52

Le fait que la communication médiatique se démystifie progressivement au yeux du grand public (discours formatés, dérapages dans la course au scoop) invite le spectateur plus avertie à douter de l'information qu'il reçoit et ainsi à recouper cette information ailleurs. Qui d'autre qu'un autre (con)citoyen comme lui pourrait lui apporter une information plus brute, plus vraie, plus authentique, nettoyée de tout discours habituellement associée à l'orientation politique du media qui la diffuse.C'est quelquepart la naïveté d'un citoyen lambda qui ferait son authenticité. Le même procédé est utilisé sur les sites de ventes de marchandises en ligne où figure les commentaires des consommateurs sur le produit en question. Là aussi, il sont sans doute moins compétents que le spécialiste qui dresse la fiche technique du produit pour le fournisseur, mais le consommateur est lui sans but lucratif apparent donc il apporte une certain authenticité à son avis sur le produit.Pour revenir aux media, le fait d'emprunter ce genre de discours pour donner une information comporte un certain risque. Sans parler de manipulation à grande échelle, on peut se demander si le grand public ainsi satisfait par l'authenticité d'une information, ne va pas s'arreter à ça, prendre cette info comme telle et ne plus la vérifier. L'enjeu est de taille, un spectateur satisfait est un spectateur fidèle, succeptible de rester plus longtemps devant la même chaine jusqu'à la prochaine page de pub, ne l'oublions pas.

Lisa 06/10/2008 10:14

C'est fou ce que cache la notion d'authenticité! J'ai du mal, en tant que téléspectateur, à comprendre comment la parole d'un individu inconnu peut être plus intéressante que celle d'un journaliste qualifié. Le gars qui pose la question, il la pige peut être même pas complètement...

Guillaume 04/10/2008 00:31

Et bientot un passant différent chaque jour pour présenter le JT!Plus authentique que jamais et beaucoup moins cher. Mais dites rien à TF1... ils pourraient bien en être capable.à suivre.