Vendredi, ou lorsque la presse se réfère à Internet

Publié le par Virginie Spies



On annonce aujourd'hui un nouvel hebdomadaire dans les kiosques. Son nom : Vendredi. Son ambition : compiler les informations trouver sur Internet. Créé par Jacques Rosselin, le fondateur de Courrier International, Vendredi a pour objectif de recenser l'information visible sur Internet "et de n'en publier que le meilleur. Sur le site du Nouvel Obs, on peut même lire que "le journal se veut une référence en matière d'information crédible et pertinente".

Les 10 membres de l'équipe (parmi lesquels cinq journalistes), ratissent l'ensemble de l'information en ligne écumant plus de 400 sites et blogs (principalement français).  "L'idée est d'apporter un contrechamp sur l'actualité avec de nouvelles paroles, de nouvelles sources", explique le fondateur de l'hebdomadaire. Dans l'éditorial publié en une de l'hebdo, Philippe Cohen, le rédacteur en chef de Vendredi et ancien rédacteur en chef de Marianne, écrit: "l'audace intellectuelle, le courage, l'indépendance ont trouvé refuge sur internet". "Encore faut-il savoir les chercher et surtout les trouver. C'est le but de ce journal". "L'hebdo s'adresse aux gens qui s'informent déjà sur Internet mais vont pouvoir gagner du temps en disposant d'une sélection de contenus sur papier. Et à ceux qui ne vont pas sur le net mais seront contents d'avoir un digest chaque semaine", précise son créateur.

Ce qui me semble très significatif, c'est que cet hebdomadaire est le signe d'une nouvelle tendance, en matière de journalisme. On considère désormais qu'Internet est devenu si important et si fondamental qu'on peut citer ce qu'on y trouve, et le considérer comme une source fiable. Ce média si nouveau, ce média encore naissant a désormais acquis une place essentielle dans la hiérarchie journalistique, alors qu'il y a encore quelques années, je parlais d'Internet à des étudiants qui me regardaient d'un oeil torve (et ne me dites pas que c'est le regard de tous les étudiants ;-)). Si on peut se féliciter de cette montée en puissance d'Internet comme source d'information et lieu de réflexion, il ne faut pas oublier que  la crédibilité et la pertinence ne sont pas toujours au rendez-vous sur le web et que, en la matière, la question des sources est essentielle. On observe d'ailleurs qu'une certaine logique de signature s'est désormais développée, et que, de plus en plus d'auteurs signent leurs textes, comme gage de crédibilité sur une toile dans laquelle on peut se perdre facilement. C'est aussi cela que souhaite faire cet hebdomadaire. S'il connait le succès, il participera à la crédibilisation d'Internet, qui en a bien besoin, mais il nous fait également réfléchir à ce qu'est le métier de journaliste aujourd'hui...  

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peweck 18/10/2008 00:11

Un journal qui nous parle de ce qui se passe sur le net, ça va nous changer des journaux qui nous palren de ce que dit la télévision, non ? Le net est plus ouvert, plus vaste, plus divers quand la télé est normative, fermée sur elle-même et pauvre...

V.Spies en réponse 17/10/2008 19:31

Oui, les journalistes doivent tenir compte du web. Mais on voit bien que la confusion que vous pointez est encore plus large, dans le sens où, avec le web, tout le monde peut s'improviser lecteur, peut écrire, donner et diffuser son opinion, de la même manière qu'un journaliste. Dès lors, ce qui change, ce n'est pas l'énonciateur au sens de celui qui écrit, mais bien l'énonciateur au sens du média. En ce sens, il y a des "auteurs", qui écrivent sur leur blog, comme sur le semioblog, certes, et il y a des médias, que vous citez à juste titre, pour lesquels des journalistes travaillent. Par ailleurs, il y a plusieurs "types" de journalistes, de ceux qui "rapportent" l'information, à ceux qui expriment une opinion. Par ailleurs, je ne pense pas que l'on puisse distinguer, dans le fond, le journaliste de son média, dans le sens où il s'agit d'un "empilement d'énonciateurs" (si vous vous souvenez de mes cours ;-) Et qu'il est rare qu'il y ait, justement, polyphonie de l'énonciation.Et ce qui est aussi très gênant, c'est que le mélange des genres, habilement aidé par la télévision, puisse mener à confondre l'espace du jeu avec celui de l'information, celui du fictif avec celui du réel.

Étienne Hervy 17/10/2008 17:57

Que l'on trouve sur Internet beaucoup de données: information, communication, expressions plus ou moins personnelles, ne doit pas masquer qu'aujourd'hui le web est aussi un territoire où il se passe des choses que les journalistes (dont je suis grâce à vos cours de sémio (j'en ai gardé un œil torve persistant bien pratique pour regarder les images)) ont à prendre en compte/ rendre compte. Certaines opérations de communications ou déclarations tiennent ont autant de portée qu'un acte physique (quand d'autres de ces opérations ne sont que des écrans de fumée, nous le savons. Je crois aussi qu'il y a une confusion, jusqu'à votre blog, sur la responsabilité et le professionnalisme des journalistes et ce qui ressort des médias, organismes bien plus compliqués, regroupant un certain nombre d'individus et de métiers, adoptant (encore le web?) des formes diverses. Depuis longtemps, le canal médiatique mélange l'information au divertisement, à la publicité, Internet accroit encore le mélange des genres. Hebdo depuis des années, l'Express est un quotidien en ligne pendant que, dans le même temps, les quotidiens nationaux, présentent sur leurs sites des vidéos et des extraits audios.Ce dernier cas pointe une question cruciale: le journaliste est-il un filtre qui parasite l'information ou qui la rend lisible. D'autres alternatives existent aujourd'hui (les graphistes notamment: http://www.pitchinteractive.com/election2008) dans cette fonction de rendre lisible une quantité exponentielle d'informations. Faire le tri, commenter, hiérarchiser, il n'y a rien d'objectif là dedans, mais certainement beaucoup d'utilité.