L'enfer de Matignon, lorsque la parole humanise

Publié le par Virginie Spies



Depuis plusieurs semaines et pour la dernière fois ce soir, France 5 diffusait "L'enfer de Matignon", une série documentaire dans laquelle 12 Premiers Ministres témoignent de leur expérience à Matignon.

On s'intéresse surtout à la façon dont les Premiers Ministres ont vécu cette exprience, en mettant en avant leur point de vue personnel. Cette série n'a pas opté pour les longs monologues, mais pour une thématisation rendant le montage dynamique. Chaque personne a été filmée dans le même studio et  dans les mêmes conditions. Seul Jacques Chirac a été écarté, car les auteurs ont pensé qu'il était trop attaché à son image de Président de la République. On peut y entendre l'actuel Premier Ministre, François Fillon qui a bien entendu une parole certainement moins libre qu'un Lionel Jospin qui n'a pas terminé d'être en colère contre Chirac.

Ce qui m'a semblé très intéressant, dans cette collection, c'est à quel point la parole humanise les Hommes. Pas au point de rendre Edith Cresson sympathique, bien sûr, mais certainement jusqu'à rendre de l'humanité à des personnes qui semblaient avoir été happées par le pouvoir et son usage. Les failles ressortent, avec les difficultés rencontrées. On y aborde aussi le plaisir qu'il y a à exercer la fonction, et on peut mieux saisir que ces  Premiers Ministres sont des personnes "comme les autres", dans le sens où elles ne sont, et ne peuvent pas être tout à fait parfaites, ni tout à fait nulles. Des Hommes, quoi. Sauf que, habituellement, les médias ne prennent pas le temps de la nuance, et c'est tout le contraire que fait "L'enfer de Matignon", en laissant le temps du discours. Il ne s'agit pas, à mon sens, d'un discours de vérité, car chaque ancien Premier Ministre a revisité l'histoire à sa façon, pour mieux la réécrire. Mais si on passe sur cette relecture historique,  on ne peut qu'apprécier d'entendre cette parole vivante, même lorsqu'il s'agit de Pierre Messmer ou encore Raymond Barre, dont on savoure le sourire et les paroles lorsqu'il raconte son premier jour de "liberté", lorsqu'il a quitté l'enfer de Matignon...

Publié dans Télévision

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Anthony 04/11/2008 20:20

J'ai regardé avec le même intérêt cette série que je ne le fais avec... Desperate Housewives ! Même si la comparaison est un peu triviale, le fait justement qu'il s'agisse à la fois d'une série mais aussi que l'on laisse entrevoir aux spectateurs une intimité jusqu'ici jamais dévoilée remplit complètement son office, tout du moins sur le téléspectateur qui aura eu l'audace de s'intéresser à ces récits. D'une semaine à l'autre, on a hâte de connaitre les pérégrinations des personnages principaux, tour à tour confiant et défait, pris dans le tourbillon d'un récit que l'on pourrait croire écrit à l'avance, tellement il raisonne comme dans un bon scénario hollywoodien.A propos des téléspectateurs, il est intéressant de noter la part d'audience du premier épisode : 662 000 spectateurs, et environ 3,5 % de pdm, soit la meilleure audience pour France 5 en prime time, sachant que la chaîne ne diffuse le soir que sur le cable, le satellite et la TNT. A quand une émission spéciale de cuisine par Bernadette Chirac ou une série genre Sex & The City avec la 1ère dame ?

Colette 04/11/2008 15:58

Un documentaire très agréable qui se regarde comme on lirait un roman tiré de faits réels(d'ailleurs l'Enfer de Matignon est un livre à la base). L'ambiance sobre dans laquelle sont filmés les (ex-)premiers fait entrer le téléspectateur dans une intimité et un rapport de proximité inhabituels tout en évitant le voyeurisme. Si l'on a suivi la série, on finit par s'attacher aux "personnages" (ou par les détester, tout dépend) ce qui est finalement rarement le cas dans un documentaire.Le format de la série y est probablement pour beaucoup et semble être une bonne solution pour un documentaire politique.