Réforme de l'audiovisuel public : le temps de l'inquiétude

Publié le par Virginie Spies

 

Aujourd'hui, les salariés de l'audiovisuel public ont protesté contre la réforme de l'audiovisuel public actuellement discutée à l'Assemblée nationale, c'est l'occasion pour le Semioblog de faire le point sur ce projet.

 

Depuis l'annonce surprise de la suppression de la publicité par Nicolas Sarkozy, en janvier, les salariés craignent qu'en l'absence de financement pérenne, les chaînes ne perdent leur indépendance financière et éditoriale. Le projet de loi du gouvernement prévoit de compenser les 450 millions d'euros qu'aurait représenté en 2009 la publicité après 20 heures (qui disparaîtra des écrans le 5 janvier), par deux taxes : une sur la publicité des chaînes privées et une sur les opérateurs de  télécommunication. Le problème concernant ces taxes, c'est qu'au départ, la taxe sur les recettes publicitaires prévue était de 3%, mais que les députés ont adopté il y a deux semaines en commission un amendement visant à réduire la taxe en cas de mauvaises rentrées publicitaires pour les télévisions privées. "Comme il y a une crise économique très forte, peut-être que l'an prochain, les recettes ne seront pas au rendez-vous pour les télés privées", a justifié Jean-François Copé, président de la commission spéciale de l'Assemblée chargée d'examiner ce projet de loi. Si leur proposition est adoptée lors du débat, la taxe réellement payée sera fixée entre un maximum de 3% et un minimum de 1,5%, en fonction de l'évolution des recettes publicitaires d'une année sur l'autre. Ce qui se murmure, c'est que c'est TF1 qui a rédigé un rapport demandant cette baisse de la taxe...

 

Ce que disent de nombreux salariés, c'est que l'idée de supprimer la publicité pourrait être intéressante si cela se faisait avec plus de concertation. Par ailleurs, ce projet est considéré comme un cadeau pour TF1 dans le sens où la grande chaine privée pourrait, en plus de récupérer la manne des annonceurs perdus par le public, avoir droit en prime à une seconde coupure pub dans les films et fictions et à des espaces publicitaires plus longs. Le projet, selon ses opposants, pourrait faire ressembler l'audiovisuel public à la télévision du temps de l'ORTF, lorsque le ministre concerné venait présenter la nouvelle version du journal télévisé. Dans le texte, il est précisé que ce sera le Président de la République qui désignera le Président de France Télévision (pour l'instant, c'est le rôle du CSA, ce qui n'est pas loin de revenir au même).

La séance à l'assemblée nationale promet d'être houleuse, car plus de 850 amendements ont déjà été déposés par l'opposition. Le projet devrait être voté le 9 décembre prochain, alors que les craintes d'une télévision publique appauvrie et dépendante de l'état sont croissantes. Même le "nouveau centre" parle d'une erreur de calendrier, en demandant un report de cette loi à 2012.

 

A quelques jours de l'adoption probable du projet, il y a en effet de nombreuses raisons à cette inquiétude. En premier lieu, on ne peut oublier l'air satisfait du Président de la République lorsqu'il a annoncé son projet en janvier dernier, devant une assemblée médusée, surprenant même sa ministre de la culture. Nicolas Sarkozy a fait un effet d'annonce, un vrai coup de communication. Mais le Président est vraiment très pressé, et il ne s'agira pas d'écouter vraiment les conseils de la commission Copé, dont bon nombre de membres crient désormais à la trahison, tant leurs propositions ont étées "détricotées". Enfin, si la perte d'indépendance par rapport à l'état est probable, on ne peut que craindre également une télévision au rabais, puisque le financement ne sera garanti que pour les trois années à venir. Et après, que deviendra le service public ?

Publié dans Télévision

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