"A la poursuite du bonheur", lorsque la télévision essaye (enfin) de comprendre

Publié le par Virginie Spies


Ce soir, Canal + diffusait « à la poursuite du bonheur », un programme qui part exactement du même constat que mon livre : le fait que la société semble désormais avoir adopté comme norme celle du bonheur à tout prix. Dans « Télévision, presse people : les marchands de bonheur », j’analyse les médias à partir du constat selon lequel le bonheur est devenu un impératif. Ici, on donne la parole à des spécialistes, et avec le même constat de départ.

Pour commencer, on se retrouve chez David Servan-Schreiber (sur lequel j’ai un a priori puisqu’il a des recettes contre le cancer et je trouve cela dangereux, mais bref), il explique, en buvant du thé qui soigne, que ce qui compte, ce sont les relations humaines. Ce qu’il prescrit, en fait, c’est de rester zen. Ensuite, on se retrouve en Israël, chez un professeur d’Harvard, qui étudie la « psychologie positive ». Il s’agit de Tal Ben Shahar, auteur de « l’apprentissage du bonheur »  qui dit qu’il est essentiel de faire de l’exercice physique tout comme il faut, chaque soir, penser aux gens que l’on aime avant de s’endormir. Après avoir médité, exercé la gratitude et l’exercice physique, le changement peut intervenir très vite, explique-t-il. Par ailleurs, l’une des causes du malheur, dit-il, est que l’on veut être absolument être heureux. Sceptique, le journaliste fonce ensuite près de Chicago pour s’inscrire à un programme de recherche, celui de Richard Davidson, qui mesure les effets de la méditation. Les travaux réalisés par les neurosciences s’intéressent au cas de grands pratiquants de la méditation, pour en mesurer les effets. Le chercheur pense que la pratique de la compassion permet d’alléger les souffrances, car faire les choses pour les autres peut rendre heureux. Le journaliste participe à une expérience de méditation avec un « poulpe électronique » sur le crâne qui en mesure neurologiquement les effets. Pour ce spécialiste, nos cerveaux sont maléables, et nous pouvons cultiver des expériences positives et influencer nos cerveaux. « L’éducation des émotions est quelque chose que nous devons vraiment prendre au sérieux ». L’enseignement socio-émotionnel doit permettre de mettre en œuvre et réguler des émotions positives.

De retour en France, notre journaliste rencontre Boris Cyrulnik, et le célèbre neuro-psychiatre explique comment il voit les choses et nous parle de la sérotonine, molécule neuromodulateur du système nerveux. Il  explique que si les technologies nous soulagent, elles ne peuvent nous sauver ou apporter le bonheur. Au Danemark ensuite, le sociologue  Ruut Veenhoven explique pourquoi les danois sont ceux qui disent être les plus heureux. Pour lui, les danois sont heureux car leur système sociétal est moins autoritaire. Par ailleurs, pour qu’il y ait bonheur il faut de la liberté et de la démocratie car les institutions et la mentalité, tout comme la confiance sont essentiels. Le chercheur constate que nous sommes, en général, de plus en plus heureux, et nous vivons plus longtemps.

On passe ensuite à l’université de Princeton pour rencontrer Daniel Kahneman, prix nobel d’économie 2002. Il explique que chacun a ses propres critères pour se sentir heureux : une femme française mise sur son couple, un américain veut plus d’argent. Il préfère parler de la satisfaction et de la bonne humeur que de bonheur dû à l’argent. Il explique que le temps passé avec ceux qu’on aime est très important.  C’est en Europe et dans les pays anglophones que nous sommes le plus heueux.

Pour Eric G. Wilson, auteur de « Contre le bonheur », les américains sont accros aux bonheurs, et en viennent à être très superficiels. L’idée d’un droit au bonheur, dit-il, est clairement exprimée dans la déclaration d’indépendance. De fait, cette manie d’être heureux à tout prix est dangereuse. La dépression est différente de la mélancolie, mais trop souvent, ces notions sont confuses dans la tête des gens, et la tristesse ne peut être éradiquée, ce qui est une bonne chose. C’est aussi le point de vue de Pascal Bruckner, que je cite souvent dans mon livre, et qui constate que l’engouement du bonheur sera l’industrie du siècle.


Dans le fond, il y a autant d'études sur le bonheur que de points de vue sur la question. Si chacun s'accorde à dire que le bonheur est plutôt quelque chose d'intérieur que l'on peut, si ce n'est atteindre, du moins cultiver, il semble ici que ce qui compte, c'est plus le chemin pour y parvenir, que la ligne d'arrivée.

Vous voulez que je vous dise ? J’ai étudié, pour mon livre, toutes les émissions de télévision qui parlaient du bonheur. Eh bien il aura fallu que ce livre sorte en librairie (ce qui veut dire que je ne puis plus le modifier), pour que, enfin, une chaîne propose une émission intéressante sur le bonheur, pour en montrer différentes facettes, laisser le temps de l’explication à des spécialistes, et dire à quel point la notion est fuyante et donc passionnante. Entre les auteurs de ce doc. et moi, je regrette qu’il n’y ait eu de rencontre car nous aurions eu beaucoup à échanger. Peut-être n’est-il pas trop tard ? En tout cas, cette conjonction de sorties, entre l’émission et mon livre, montre que quelque chose est en train de se jouer ici, et que cette poursuite du bonheur, si elle est bien une mode, nous permet de nous interroger sur notre société, ses peurs et ses valeurs.


 

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Rene GENEVIEVE 26/12/2008 09:41

Pour la société de consommation incarnée dans la télévision, le bonheur est une marchandise comme les autres. C'est même la seule marchandise susceptible d'intéresser l'ensemble de la population...Cependant la recherche du bonheur existe depuis un peu plus longtemps que ladite société et il me paraît naturel que l'homme essaie par tous les moyens d'echapper au malheur. Le premier tome de cette quête pourrait s'appeler 'éloge de la fuite' d'Henri Laborit, je crois. Bref, ce que je veux dire c'est que la télévision nous propose en tous cas en prime time, des solutions fallacieuses pour avancer dans cette quête qui agissent un peu comme une drogue ou plus simplement un analgésique et ne résolvent rien.

Colette 19/12/2008 13:14

Article du Monde sur le bonheur :http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/12/18/le-bonheur-vaste-programme-par-dominique-dhombres_1132713_3232.html