Médiacratie, médiocratie

Publié le par Virginie Spies

Une fois n'est pas coutume, je vous propose un article dont je ne suis pas l'auteur. C'est Philippe Grimaud qui nous parle des sondages.  Une petite précision : que le lecteur ne confonde pas l'institut de sondages CSA dont il est question ici, avec le CSA, Conseil Supérieur de l'Audiovisuel.

 

Le journal « Le Monde » a publié le 21 mars 2007 un article selon lequel la commission des sondages est intervenue lundi 19 mars pour mettre en garde sur deux sondages CSA relatifs à la campagne pour les élections présidentielles : « Sans remettre en cause l'intégrité professionnelle de l'institut, la commission, qui était intervenue de façon plus générale il y a quelques semaines, alerte sur certaines modalités de redressement appliquées aux résultats bruts dans ces deux enquêtes » et « exprime des réserves sur le caractère significatif des intentions de vote »

Et le canardier de l’arbitre des élégances intellectuelles vespérales de poursuivre en soulignant qu’« Il est rare que la commission des sondages intervienne de cette façon ». Ce matin, même son de cloche ou à peu près, dans le journal Libération.

Reste qu’on n’en sait guère plus sur les méthodes incriminées et sur ce qui est très précisément reproché au CSA, attendu que la Commission se serait refusé à décrire les méthodes et résultats utilisés (évidemment, il n’est pas question de dévoiler des us et méthodes qui relèvent du secret commercial pour ne pas dire de fabrication)

Les deux sondages visés sont, on s’en serait douté, ceux qui propulsaient M. Bayrou à une hauteur d’intentions de votes jamais atteinte en aussi peu de temps.

Dans le monde médiacratique qu’il nous faut bien, hélas, subir, les mêmes causes entraînant les mêmes effets, et la victoire volant toujours au secours de la victoire, et l’audimat au secours de l’audimat, on a cru assister ces jours derniers aux prémices d’un nouveau séisme électoral, une sorte de « Tous les matins du monde à la rad-soc » (voir IIIe et IVe République, et Ve sous Chirac)

En réalité, il me semble que le problème est d’une autre nature : D’abord, les sondages échappent à tout principe démocratique (puisque, par définition, dans une démocratie c’est le tout qui s’exprime pour désigner une partie qui doit la représenter, et non pas une partie qui s’exprime en reflet supposé du tout). La notion d’échantillon représentatif est tout à fait étrangère au principe du suffrage universel, de même qu’en l’espèce, la transparence, principe démocratique tout aussi essentiel, est nécessairement ignoré.

Ensuite, si les sondages ne pèsent que dans une certaine mesure sur le résultat final, ils n’en pèsent pas moins de façon certaine, directe et indirecte.

Directement, parce qu’ils influencent les indécis pour qui un comportement électoral grégaire peut devenir une façon de s’affirmer.

Indirectement, parce que s’agissant du cas de M. François Bayrou, celui-ci, arraché d’un coup à son étiage électoral habituel s’est vu tout à coup doté d’une stature nationale dite de présidentiable, laquelle, pour le coup, change tout pour lui, donnant à sa campagne une dynamique que 10 points de moins lui auraient certainement interdite.

Résultat, nous ne sommes plus dans le débat ou l’analyse politique mais dans le décryptage des fantasmes (quant à la cohérence… Je passe sur le sérieux d’autres enquêtes (sic) qui font apparaître qu’un candidat battu au 1er tour serait assuré de la victoire au second. De ce type de question dans un sondage s’évince, soit qu’on n’a rien compris à la logique et à la mécanique du scrutin présidentiel à 2 tours (ce qui m’étonnerait beaucoup, s’agissant des instituts de sondage), soit qu’on cherche volontairement à provoquer un autre effet (du type de ceux décrits supra ?).

Peut-être pourrait-on aussi dans cette affaire s’interroger non sur celui à qui profite le crime mais sur ceux à qui il ne profite pas. Selon une source autorisée (comme aurait-dit Coluche), et que je ne suis bien entendu pas en mesure de révéler (sinon comment pourrai-je m’autoriser à penser ?), des résultats étonnants (le fantasme, toujours le fantasme !), au rebours de ce qui est considéré comme indiscutable et acquis par nos médias et autres aides à penser en tenue de soirée, pourraient bien encore une fois nous stupéfier un prochain 22 avril.

Une chose est sûre : tout ça, pour moi qui ne suis, vous l’aviez peut-être subodoré, ni républicain, ni démocrate, m’incline à préférer le droit divin à l’audimat. On court toujours le risque d’être déçu, mais au moins on ne vous prend pas pour un Zoon politikon* (et en plus, la terminaison est heureuse…)

 

                 * voir Aristote : l’homme, animal politique.

Philippe Grimaud

 

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