Elections : des résultats avant l'heure... ou pas

Publié le par Virginie Spies

Voici une dizaine de jours que le débat fait rage dans les médias, mais il semble enfin avoir ce soir trouvé son épilogue.

Au départ, Jean-Marc Morandini (voir mon article sur ce sujet) explique sur son blog qu'il envisage sérieusement de diffuser les résultats des élections autour de 18 heures, dimanche 22 avril (il ne parle pas de donner des "résultats", mais de relayer des "rumeurs"). À sa suite, d'autres journalistes tenant des blogs décident de faire de même, et les chaînes de télévision ainsi que les journaux, relayent ces informations. De nombreux rappels à la loi ont eu lieu durant toute cette semaine, et ce soir, à 18 heures, Jean-Marc Morandini a anonncé qu'il revenait sur sa décision, car il a (entre autres), compris qu'il pourrait influencer les votes. Il explique cependant qu'il espère avoir pesé sur le débat, ce dont il est par ailleurs certain.

À y regarder de plus près, on observe que Jean-Pierre Elkabach patron d'Europe 1 (station radio sur laquelle travaille JM Morandini) a annoncé qu'il prenait position contre la divulgation des résultats du premier tour de l'élection présidentielle avant 20H dimanche.

« La loi est la même pour tous, dit-il. et nul n’est censé l’ignorer. Dans cette période électorale, Europe 1 ne dérogera pas à ces règles. Et ne donnera donc, sur son antenne, ou sur son site, aucun résultat de manière anticipée. Nous ne nous ferons pas davantage l’écho de rumeurs, d’où qu’elles viennent » indique-t-il sur le blog politique d'Europe 1.

Face à cette déclaration, on comprend mieux le fait que Jean-Marc Morandini recule...

À noter par ailleurs que ce sont désormais les hébergeurs de blogs qui s'inquiètent et qui demandent aux bloggeurs de s'abstenir de donner des résultats. Ainsi, les modérateurs de www.lemonde.fr préveniennent leurs bloggeurs : Selon la législation, dimanche 22 avril avant 20 heures (heure de Paris), toute personne qui publierait sur son blog des informations ou commentaires sur les estimations ou résultats du premier tour de l'élection présidentielle pourra faire l'objet de poursuites pénales et s'exposer à une amende allant jusqu'à 75 000 euros. Sont concernés par cette mesure : toute information et/ou lien hypertexte (y compris vers un site Internet hébergé à l'étranger) publié dans les billets de blogs ou les lignes de commentaires apportés par les lecteurs. Nous vous invitons à respecter cette obligation. Merci de votre compréhension." Le site du journal 20 minutes a pris cette même position. Voici ce qu'on peut lire ce soir sur leur site : "20 Minutes demande à ses blogueurs de s’abstenir de publier toute tendance, anticipation, rumeur sur les résultats du vote avant 20 heures. En tant qu’éditeur, le directeur de publication est légalement responsable du contenu du site, qu’elle qu’en soit l’origine. Il est donc dans l’obligation de faire respecter la loi. A ce titre, il se réserve la possibilité de poursuivre individuellement tous les auteurs de blogs, ainsi que les auteurs de commentaires qui enfreindront la législation."
 
Il nous faut observer ici que l'espace de liberté, que représente Internet paraît sérieusement grignoté par des hébergeurs qui, en tant qu'institution médiatique, respectent des règles (et ont raison de le faire). La liberté, ce n'est pas donc tout et n'importe quoi, nous en avons la preuve.

À noter enfin que les chaînes de télévision belges et suisses ont indiqué qu'elles donneraient les premières indications avant 20 heures : il s'agit par exemple de la RTBF, ou encore du journal Le temps (LeTemps.ch) qui indique : "Dès dimanche après-midi, suivez en ligne les résultats, analyses et réactions de ce 1er tour de l'élection présidentielle". Il suffira de consulter des sites étrangers pour connaître les estimations qui seront diffusées à 20 heures en France.

Face aux nouveaux médias, la loi est devenue obsolète. Alors, comment protéger le citoyen, et la liberté de sa pensée ? Comment gérer cette mutliplication des réseaux et des informations ? Enfin, comment penser les territoires qui, s'ils peuvent encore avoir un sens du point de vue électoral, n'en n'ont plus aucun, lorsqu'il s'agit de la diffusion des messages.

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Pour information :

Le CSA a rappelé aux services de radio et de télévision les obligations suivantes :

- l'interdiction de diffuser, par tout moyen de communication au public par voie électronique, à partir de la veille du scrutin à 0 heure (heure locale), tout message ayant le caractère de propagande électorale ;
 
- l'interdiction de diffuser, par tout moyen de communication au public par voie électronique, à partir de la veille du scrutin à 0 heure (heure locale), tout sondage ou commentaire de sondage ayant un rapport direct ou indirect avec le scrutin ;
 
- l'interdiction de communiquer au public, par tout moyen de communication par voie électronique, avant le dimanche 22 avril à 20 heures (heure de Paris) pour le premier tour, et avant le dimanche 6 mai à 20 heures (heure de Paris) pour le second tour, tout résultat de l'élection, partiel ou définitif, en métropole et outre-mer ainsi que tout élément faisant état d'estimations ou de tendances.

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