Les intellectuels, ou Dominique Wolton à la télé

Publié le par Virginie Spies

La question des intellectuels dans les médias est toujours et encore d'actualité. En écrivant "sur la télévision", Bourdieu n'a pas épuisé le débat, bien au contraire.

Je pense que l'un des rôles des intellectuels est de s'exprimer dans les médias lorsque c'est possible, lorsque c'est souhaitable. Ainsi, à chaque fois que m'est donnée l'occasion d'éclairer un sujet sur les médias dans les médias, je n'hésite pas à le faire et avec un grand plaisir mais aussi avec la conscience que cela fait partie de mon travail. Quoi de plus normal au fond, que de parler de mes recherches dans la presse, à la radio ou à la télévision, et de ne pas réserver cela à mes étudiants ou à mes collègues. Et sans parler de mon cas, mes collègues tels que François Jost pour la télévision, ou Emmanuel Ethis pour le cinéma savent répondre avec talent aux sollicitations médiatiques.

Il est pourtant des moments où je m'interroge sur la fonction des intellectuels dans les médias. Ce fût le cas hier soir, lorsque dans l'édition du Soir 3, Dominique Wolton était invité à parler des images médiatiques que l'on a pu voir cette dernière semaine à propos de Nicolas Sarkozy. Après un résumé des images les plus fortes, Dominique Wolton n'a pas analysé ces images, n'en n'a pas tiré de bilan. Il a été plutôt prescripteur, disant que Nicolas Sarkozy était en train de jongler entre une image privée forte (avec sa famille, ou faisant du jogging), et une image publique... Et donc, il fallait qu'il fasse attention, car il ne pourrait pas tenir longtemps à mener les deux images de front. Quel est le sens de cette intervention ? Pourquoi avoir invité un intellectuel de cette qualité pour lui faire tenir des propos de si peu d'intérêt ? A partir de quel moment les personnes dont le métier est de réfléchir aux médias ne servent-ils qu'à venir combler des moments de télé et à servir un discours médiatique bien fade ? Il est au fond bien difficile de trancher sur cette question car on ne peut que se féliciter de la place de plus en plus grande faite aux intellectuels dans les médias. Il reste à ces intellectuels à savoir à la fois diffuser sa pensée au plus grand nombre, tout en maîtrisant les stratégies discursives des médias dans lesquels ils s'expriment.

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audrey 02/06/2007 00:49

Le problème je pense c'est que les médias ne souhaitent peut être pas finalement obtenir des réponses "savantes" de la part de ces intellectuels. LA difficulté pour ces derniers étant d'arriver à démocratiser, rendre intelligible au plus grand nombre, un discours qui émane souvent d'année de recherches et de travail. Leur temps de parole en plateau est souvent plus que réduit, il semble que souvent, ils se contentent de proposer une réponse "attendue", ce que l'on veut entendre, sachant qu'il n'auront pas le temps d'expliquer des idées et notions qui meriteraient plus de 3 minutes de temps de parole.