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Médias

Mardi 24 mars 2 24 /03 /Mars 09:46


Depuis vendredi, les médias en font leur une : l'enlèvement de la petite Elise, 3 ans et demi. Cette histoire a fait l'objet, pour la huitième fois en France, du déclenchement du plan "Alerte enlèvement". Ce dispositif s'inspire des systèmes « Ambert alert » créés aux Etats-Unis en 1996 et au Québec en 2003. Il s'agit de  diffuser très rapidement auprès de la population, sur l'ensemble du territoire national, des informations précises relatives à l'enlèvement afin de provoquer des témoignages susceptibles de favoriser la rapide libération de la victime. Ce dispositif se base sur des études qui ont montré que les premières heures suivant les disparitions sont décisives, et la décision de déclencher le plan "alerte enlèvement" est prise par le procureur de la République, en concertation avec les enquêteurs. La victime doit nécessairement être mineure, l'enlèvement doit être avéré (il ne peut s'agir d'une disparition qui serait seulement  "inquiétante") et il doit y avoir un minimum d'informations permettant de localiser l'enfant ou le suspect.


Le message d'alerte est diffusé pendant trois heures par différents vecteurs : chaînes de télévision, stations de radio, agences de presse, panneaux à messages variables sur les autoroutes, message sonore dans les gares et les stations de métro, sites internet d'associations de victimes. Jusqu'à présent le dispositif a correctement fonctionné en France, permettant de retrouver rapidement l'enfant disparu, enfant qui a été enlevé par un inconnu. C'est ce qu'on a cru au début de cette nouvelle affaire, mais cette dernière est en fait très différente. Nous ne sommes pas, comme ce fût le cas précédemment, en présence d'un enlèvement exécuté par un étranger à la famille, car il est apparu très vite que c'est la mère d'Elise qui a participé à l'enlèvement., aidée par des complices La petite fille est au cœur d’un divorce très conflictuel entre son père français et sa mère russe, et cet enlèvement est le troisième subi par Elise. Nous sommes donc dans le cas d'une affaire d'ordre privé, relevant d'un droit international très complexe.

Le point sur lequel je souhaite vous alerter ici c'est que nous sommes peut-être face à une limite du plan "alerte enlèvement", qui consiste à faire entrer une affaire privée dans l'espace public. On ne peut pas forcément dire qu'il n'aurait pas fallu déclencher ce plan, puisque toutes les conditions étaient réunies pour le faire, et qu'il s'agissait bien d'un enlèvement. Cependant, cette histoire est désormais une histoire médiatique, le papa de la petite est au journal télé, il interpelle le Président de la République. Tout le monde a son mot à dire sur cette affaire, et on déplore naturellement qu'une enfant si jeune puisse se retrouver au coeur d'un déchirement comme celui-ci. Il ne nous faut pas oublier cependant que cette histoire n'est hélas qu'un cas, parmi beaucoup d'autres et que si elle est intéressante médiatiquement c'est parce qu'elle illustre une problématique qui n'est pas nouvelle, celle des enfants bi-nationaux. Depuis le livre "Jamais sans ma fille" de Betty Mahmoodi en 1991, puis son adaptation sur les écrans par la suite, ce problème a été souvent mis en avant dans les médias. Dès lors, nous sommes totalement sortis de cette affaire d'"alerte enlèvement", pour tomber dans un récit plus fort et passionnant : pas de malade mental enlevant une petite fille, mais de l'amour, des larmes et un vrai sujet à fantasmes internationaux, avec, si on a de la chance, un soupçon de mafia russe. On sait par ailleurs que le début d'une histoire compte beaucoup pour la suite de la narration, et ce qu'on peut dire à présent, c'est que les médias ont bénéficié ici d'un lancement digne d'une bande-annonce hollywoodienne.

Par Virginie Spies - Publié dans : Médias
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Mercredi 4 mars 3 04 /03 /Mars 10:27




A mon réveil, dimanche matin, tandis que j'étais censée me détendre au cours d'un week-end rare, je zappais, en tentant de reprendre mes esprits suite à la soirée de la veille, et me demandais si j'avais (vraiment) trop abusé du champagne en entendant l'histoire : Un enfant de cinq ans avait, la veille, poignardé sa soeur de 10 ans parce qu'elle refusait de le laisser jouer au jeu vidéo. Voici qui vous rappelle cruellement à la réalité n'est-ce pas ? Mais comment est-ce possible ? Comment peut-on vivre dans une société dans laquelle un enfant de 5 ans poignarde sa soeur ?

Heureusement, la télévision était là, en ce dimance matin, pour répondre à mes interrogations matinales. C'était la psy-déferlante, et chaque chaîne avait trouvé un son médecin du dimanche matin pour leur parler. J'ai tout entendu :
- C'est la faute aux jeux vidéo,
- C'est la faute au cinéma,
- C'est la faute à la télé,
- Et aussi : tout ça en même temps et du coup : les enfants ne font plus la différence entre réalité et la fiction.

Allez hop ! hop ! hop ! La petite fille à l'hopital, le petit garçon au gnouf, et les psys nous ont bien rassurés, car chez nous, heureusement, c'est pas comme ça ma bonne dame ! Seulement coup de bol, il reste des professionnels et le médecin ayant effectué le diagnostic médical sur la petite fille a estimé que ces coups de couteau ne pouvaient avoir été portés par un enfant de cinq ans, sauf s'il avait été le fils de Chuck Norris. Et la petite fille, a son réveil, a confirmé que c'est bien sa maman qui a assené les coups de couteau.

Alors quoi ? C'est en effet toujours un drame, et on change de protagonistes, là n'est pas mon souci aujourd'hui. Je souhaite simplement attirer votre attention sur cette nouvelle précipitation médiatique : tout va trop vite, et il n'est pas question d'attendre les premiers résultats de l'enquête (24 heures suffiraient) pour parler ou faire parler : on demande alors à des psys d'interprêter un acte qui n'a pas existé et c'est grave. Pas question pour moi d'accuser une seule instance, mais bien de montrer que c'est le système qui a, une fois de plus, été trop vite : Flics, médias et psys, instances des rouages médiatiques qu'on n'arrive plus à freiner. Ce ne sont pas les enfants qui ne font plus la différence entre la réalité et la fiction, mais les adultes, qui leurs proposent un monde qui parle beaucoup trop vite.

Par Virginie Spies - Publié dans : Médias
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Mardi 3 mars 2 03 /03 /Mars 11:15



S'il est bien une chose qui pose problème au "grands médias généralistes", c'est leur manque d'interactivité. Car on aura beau faire comme on veut : la télévision, la radio ou la presse écrite ne sont pas des médias interactifs.

Si l'on considère que l'interactivité est la possibilité d'une communication entre deux ou plusieurs personnes, permettant d’établir un dialogue et un échange, nous sommes alors obligés de constater que les grands médias de masse (je ne parle pas du web) ne sont pas, mais alors pas du tout dans ce cas. Bon, OK me direz-vous, et alors ? Et bien ce manque d'interactivité (inhérent aux médias eux-mêmes) est un véritable problème.

Ce n'est certainement pas un problème pour le public, qui est habitué à ne pouvoir répondre lorsqu'il voit quelqu'un parler à la télé (sauf cas de skyzophrenie mais là, nous quittons le monde médiatique). Seulement les grands médias ont toujours eu besoin de faire figurer le public dans les programmes, sous peine d'avoir l'impression de s'adresser à un mur ou à un fantôme, bref, à personne. Depuis ses début, la télévision a mis en place le courrier des téléspectateurs et les archives de l'INA nous montrent des programmes consacrés à la lecture de ces lettres. D'autres émissions, consacrées à la télévision ont, dès les années 50, mis en scène les téléspectateurs dans des émissions dites "réflexives", et je vous renvoie ici à mon premier livre, "La télévision dans le miroir". Premier constat donc : la télé a toujours parlé d'elle-même, en mettant en scène des téléspectateurs, notamment pour montrer qu'elle était attentive à la vie (et l'avis) de son public. C'est aussi le cas de la radio et de la presse écrite, avec le courrier des auditeurs ou des lecteurs par exemple.

Désormais, et c'est le cas depuis quelques années, la stratégie consiste à mettre en scène le public avec l'illusion de le faire en temps réel : Cela consistait à afficher des SMS dans la dernière émission de télé de Marc-Olivier Fogiel ou dans le journal de 13 heures de Christophe Hondelatte sur France 2, cela consiste aujourd'hui à établir des connections improbables avec des Internautes, dans "L'édition spéciale" sur Canal +, ou à donner la parole au téléphone à des auditeurs sur les radios généralistes. L'idée est toujours la même : illustrer un point de vue, ou plusieurs. On parle de la grève ? On donne la parole à une personne "pour", une personne "contre". Il est question du pouvoir d'achat ? On fait parler quelqu'un qui est désormais au chômage, et ensuite quelqu'un qui n'en subit pas encore les conséquences. A noter aussi que, suivant l'adage "C'est le dernier qui a parlé qui a raison", le dernier qui parlera sera souvent celui qui illustrera le point de vue et le discours de la chaîne. S'il semble que le public ait de plus en plus la parole à la télévision ou la radio, c'est aussi parce que le web est vraiment synonyme d'interactivité et qu'il propose quelque chose de très différent par rapport aux médias plus "classiques" qui sont contraints de s'adapter ou du moins de proposer d'autres solutions.

Les médias généralistes ne sont pas interactifs, mais ils ne cessent de nous dire qu'il le sont, en mettant en scène la parole du public, mais n'oublions pas que cette parole est (nécessairement) orchestrée, et qu'elle n'existe que pour illustrer des propos et faire penser que l'avis du public compte. Le problème est que bien souvent ces avis n'apportent pas grand chose au débat.

Par Virginie Spies - Publié dans : Médias
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Mercredi 25 février 3 25 /02 /Fév 13:32




Envoyé-Spécial, Complément d'enquête (France 2), L'Edition spéciale (Canal+), on ne compte plus les émissions de télévision qui se consacrent aux "Dangers d'Internet". On évoque l'affreux Facebook, le vilain My Space, nouveaux méchants loups d'une forêt virtuelle dont nous serions les petits chaperons rouges égarés et cuits d'avance.

Pourquoi tant de haine, j'ai envie de dire... (avez-vous remarqué à quel point cette expression "j'ai envie de dire" est énervante, et combien elle ne veut rien dire ?, bref).
- Tout d'abord parce que, avec le Web 2.0., les réseaux changent, les communications se multiplient et nous sommes entrés dans une nouvelle dimension de l'échange, avec laquelle il faudra maintenant compter. En médiatrice, la télévision ne fait, en ce sens, que répercuter un phénomène social et médiatique qui, comme tout phénomène social et médiatique, inquiète. Pourtant, il n'y a pas de pratiques sans les dangers inhérents à ces pratiques.
- Mais la raison essentielle à cette défiance, c'est la trouille de la concurrence, car la plupart des chaînes s'inquiètent : les audiences baissent, encore et encore, tandis que les sites web prennent de l'importance, et on les considère désormais (en tout cas certains), comme de véritables médias. C'est donc une nouvelle concurrence. Et nombre de chaînes de télé considèrent certains sites comme des rivaux, non seulement parce qu'ils sont, par exemple, des sources d'information, mais aussi parce que le public n'est pas toujours un "multi-public", et il n'est pas forcément en même temps devant son ordinateur et devant sa télé. En tout cas pas tout le temps.

Voici au moins deux raisons qui semblent suffire à des émissions grand public et dites "omnibus" pour affoler les foules, en mettant en avant le champ lexical des grandes peurs. Voici ce qu'on pouvait entendre aujourd'hui vers 13 h sur Canal + :
- "Vous nous envoyez des commentaires très inquiétants",
- "Le problème, c'est que ça ne disparaît pas"
- "Protéger"
- "Danger"
- "Big brother peut être ton voisin"
- "Violation de l'identité"
- "On ne peut rien faire", etc

Bbbrrr ! ça fait peur hein ? ben oui, c'est fait exprès ma bonne dame ! La peur de l'inconnu, la préférence pour ce qui est connu, Freud l'a théorisé depuis longtemps. Monter la peur en mayonnaise sans expliquer ne peut amener à la compréhension des phénomène sociaux, et on ne peut que le regretter. Mais la crainte de la concurrence est forte et elle conduit à ce genre de discours. Pourtant, à regarder un peu en arrière, on n'a jamais vu qu'un média ou qu'une forme de communication effaçait l'autre. Prenons pour exemple l'arrivée de la télévision. Dans les années 50-60, les professionnels du cinéma se sont regroupés par crainte de disparaître à cause de la télévision, et Jérôme Bourdon explique dans son livre "Histoire de la télévision sous de Gaulle" que les professionnels du cinéma ont fait des procès à la télévision naissante. Certes, des lois existent (et sont de moins en moins valables) pour la diffusion du cinéma à la télévision afin d'inciter les français à aller en salle voir les films, mais la tendance est aujourd'hui totalement inversée, et le cinéma ne pourrait pas vivre sans la télévision, qui est son principal financeur.

Je ne suis pas en train de dire que rien ne change, mais plutôt que les choses évoluent et se reconfigurent. Il est bien certain que la télévision a encore de beaux jours devant elle. A la fois dans le salon, mais aussi sur le bureau, et en mobilité. Et l'industrie de programmes n'a aucun souci à se faire, puisqu'on prépare désormais des programme expressément conçu pour être vus à partir d'un ordinateur, ce qui ne signe pas la fin de la télé que l'on connaît aujourd'hui. Mais c'est une nouvelle manière d'appréhender les médias, remettant en question les formes médiatiques classiques, qui doivent s'adapter mais qui ne vont pas disparaître. En attendant, on est dans l'inconnu, alors on crie au loup. 

Par Virginie Spies - Publié dans : Médias
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Mardi 17 février 2 17 /02 /Fév 21:04




N'y a-t-il que les semiologues de l'image ou les analystes des médias tels que moi pour être étonnés, voire choqués, en ce moment, devant la recrudescence des images de personnes qui vont bientôt mourir ? Deux cas, ces derniers jours, peuvent attirer notre attention.

Le premier concerne la disparition de la jeune française, Ophélie Bretnacher, dont on avait perdu la trace à Budapest le 4 décembre dernier, après qu'elle ait passé la soirée dans une discothèque avec des amis. Durant de longues semaines, on a pu voir sur Internet et à la télévision les images des caméras de surveillance de la ville montrant la jeune femme, juste avant sa disparition. Elle venait de sortir de la discothèque, marchant d'un pas rapide et plutôt déterminé, ce qui permettait à chacun de tirer d'éventuelles conclusions sur son état non-alcoolisé, ou sur le fait, par exemple, que la jeune femme ne semblait pas a priori avoir l'intention de se suicider. Le corps d'Ophélie a été retrouvé il y a quelques jours dans les eaux du Danube. Je n'ai, bien entendu, rien à ajouter sur cette terrible disparition, ce qui me préoccupe ici, ce sont les images des caméras de la ville de Budapest, filmant la jeune femme. Ce n'est pas tant le fait qu'Ophélie ait été filmée qui me choque, mais plutôt à quel point les images ont été diffusées. S'il peut être légitime que l'on filme les villes, ne serait-ce que parce que cela peut être utile pour la sécurité de chacun, on peut être surpris, finalement, d'avoir accès à des images d'une jeune femme qui se dirige vers la mort. Lorsque les chaînes de télévision ont montré, à de multiples reprises, ces images, c'était toujours pour spécifier qu'il s'agissait bien des dernières images que l'on possède de la jeune femme. Une fois le corps retrouvé, on savait qu'il s'agissait de voir sur ces images, Ophélie en vie pour la dernière fois, et le récit journalistique permettait d'actualiser des images, qui finalement ne voulaient rien dire, sans une parole les accompagnant. J'attire ici votre attention sur le fait que la diffusion en masse de ce type d'image est un fait nouveau, non seulement parce que les caméras de surveillance se sont développées, mais aussi grâce à Internet et à la mutlplication des lieux possibles de diffusion des images.

Le second cas est celui d'un film qui fait  froid dans le dos et émeut toute l'Argentine. Les images  montrent le sauvetage sans succès de Federico Campanini, un guide italo-argentin de 31 ans, près du sommet de l'Aconcagua, à 6.500 mètres d'altitude, qu'un groupe de 6 sauveteurs ne parvient à déplacer et qui finalement va le laisser sur place. Le père de la victime a porté plainte, accusant les sauveteurs d'avoir "laissé mourir" son fils. Sur la vidéo, on voit clairement le jeune homme à bout de force, quasi inconscient, incapable de se mettre debout.  Dans la scène, filmée par l'un des 6 sauveteurs, on explique "en live" chaque instant, au moment même où il est vécu, directement par le caméraman ou par l'un des participants : "Nous sommes sur le glacier, nous sommes très fatigués, il neige beaucoup"... ou encore "On ne peut pas le sortir. On se gèle et lui ne bouge pas, il est mal", commente le caméraman essouflé, alors que l'on voit au second plan Federico Campanini  se mettre difficilement à quatre pattes sur la neige.  "Ca y est !", dit le caméraman. "Mets-toi débout, imbécile", crie un autre sauveteur. "Allez, merde !", entend-t-on. Puis : "Réagis, imbécile !". "Que Dieu l'éclaire et lui donne des forces, s'il vous plaît...", murmure le caméraman. Le guide se traîne péniblement, il sera bientôt abandonné.
 
Federico Campanini est mort victime d'un oedème pulmonaire, d'hypothermie et de déshydratation, dans la nuit du 8 au 9 janvier. Il semble que les sauveteurs n'avaient pas le matériel nécessaire pour pouvoir le sauver, mais une fois encore, là n'est pas la question pour la réflexion que je souhaite ouvrir ici. Ce qui est "fou", c'est non seulement que cela ait été filmé, mais surtout que ces images soient diffusées et donc puissent être vues dans le monde entier, comme ce fût le cas ce soir au journal télévisé de France 2. Entre la poire et le dessert, ce ne sont plus seulement des images de guerres auxquelles on peut assister, mais aussi désormais des images de faits divers qui montrent des personnes allant vers la mort.

Quel est le point commun entre Ophélie Bretnacher et Federico Campanini ? Il y en a plusieurs :

. Ces images sont forcément vues rétrospectivement, ce qui signifie que le spectateur possède un savoir supérieur à la personne paraissant sur les images, future victime. Nous savons qu'il s'agit des dernières images d'Ophélie ou Federico, comme dans le cas d'un film de fiction dont on aurait déjà montré la fin. De fait, il peut y avoir un regard de curiosité malsaine, voire une forme de sadisme, car nous ne sommes pas dans la fiction, mais bien dans la réalité.

. Cette première remarque en appelle une autre : la réalité, par ces images "vraies" accède désormais à une nouvelle forme de récit, puisque l'on peut voir les personnes, chose qui n'arrivait jamais dans le passé. Le récit médiatique se dote alors d'une forme de réalisme supplémentaire, et on peut désormais redouter le moment où on ne parlera plus d'événements de ce type s'il n'y a pas les images qui correspondent.

. Alors dans ce cas, pourquoi ne pas TOUT filmer ? Et d'ailleurs n'est-ce pas déjà le cas ? A quand le moment où l'on pensera plus à filmer pour la télé ou le web qu'à sauver quelqu'un qui pourrait encore l'être ? Dans cette société, depuis longtemps désignée sous le nom de "Big Brother", nous sommes arrivés dans l'ére du tout-en-images, et il semblerait que cela soit tout à fait normal...

... Or ça ne l'est pas. Il n'est pas a priori normal ni banal que l'on puisse assister à la mort en direct ou aux dernières images de quelqu'un qui n'a plus que quelques minutes à vivre. Quel savoir supplémentaire ces images apportent-elles ? Certainement aucun, si ce n'est une forme de fascination, mais le "vu" n'est pas à confondre avec le "su", et nous sommes ici dans une forme de sensationnalisme dangereux. Si ces images permettent quelque chose, ce ne serait que de  mesurer l'horreur de la situation, une question de voyeurisme. Et on se doute que le cas d'un mort, même d'origine italienne, en Argentine, n'aurait jamais paru dans le JT de 20 heures, s'il n'y avait eu les images...

 



Par Virginie Spies - Publié dans : Médias
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